Appelés également agro carburants voire même "nécro
carburants" par leurs détracteurs, les biocarburants
représentent une nouvelle forme d'énergie complémentaire aux
combustibles fossiles notamment dans les déplacements motorisés.
Selon l'ADEME, "les biocarburants sont des carburants d'origine
agricole. Ils sont obtenus à partir de matières organiques végétales
ou animales, appelées encore biomasse et sont utilisés dans les
moteurs."
Il existe trois grands types de biocarburants selon
la matière végétale ou animale utilisée :
- les biocarburants issus des plantes contenant de l'huile comme le
colza ou le tournesol (Diester ou biodiesel)
- les biocarburants obtenus à partir d'alcool produit avec des
plantes contenant du sucre ou de l'amidon (bioéthanol).
- Les biocarburants produits, sous forme gazeuse, par fermentation
sans oxygène de déchets alimentaire, végétaux (biogaz).
Le bioéthanol (en substitution de
l'essence)Il s'agit d'un alcool produit par la
fermentation des sucres contenus dans les plantes riches en sucre
(betteraves, topinambours, canne à sucre...) ou en amidon (pomme de
terre, céréales) ou dans les plantes ligneuses (bois, paille...).
Par rapport à la filière essence, la filière éthanol (de la
production à l'utilisation) produit 2,5 fois moins de gaz à effet de
serre (60 %) et a un rendement énergétique (rapport entre l'énergie
restituée et l'énergie non renouvelable mobilisée) 2,3 fois
supérieur (2,05 contre 0,87) (ADEME, 10/2006).
Ce rendement peut encore s'améliorer si les sous-produits (paille de
blé, pulpes de betteraves) sont utilisés comme combustibles par
exemple dans l'unité de fabrication de l'éthanol.
On peut aussi produire un éther dérivé de l'éthanol : l'ETBE (éthyl-tertio-butyl-éther)
qui est issu de la betterave et du blé, et réservé aux moteurs à
essence.
Au Brésil, depuis les années 70, une grande partie du parc
automobile (plusieurs millions de véhicules) est alimentée avec de
l'éthanol extrait de la canne à sucre.
L'ester d'huile végétale
Il améliore l'indice d'octane du moteur c'est à dire son pouvoir
détonant, de plus, il y a plus d'oxygène dans l'alcool et la
combustion est meilleure bien que l'éthanol ait un pouvoir
calorifique inférieur à celui de l'essence.
Le rendement énergétique de l'ester atteint 2 et s'améliore
nettement, dépassant 5, si l'on utilise l'énergie contenue dans les
sous-produits (apille, tourteaux de colza...)
L'ester méthylique d'huile
végétale (EMHV) ou diester (en substitution du gazole)
On peut brûler dans un moteur soit de l'huile végétale (colza,
tournesol, soja, arachide...) soit des esters d'huile.
L'ester présente deux avantages sur les huiles brutes : moindre
viscosité et meilleure aptitude à s'auto-enflammer dans le moteur.
Le carburant qui se développe actuellement est l'ester méthylique
d'huile de colza ou de tournesol c'est à dire le diester.
Par rapport à la filière gazole, la filière EMVH/Diester (de la
production à l'utilisation) produit 3,5 fois moins de gaz à effet de
serre et a un rendement énergétique 3,3 fois supérieur (ADEME,
10/2006).
Le biodiesel, introduit en France à raison de 1% dans le diesel
vendu aux pompes grand public, est un mélange de gazole et de
diester. Ainsi, la France est le deuxième producteur européen de
diester.
Dans le monde
La production de biocarburants (éthanol et biodiesel) a dépassé
les 33 milliards de litres en 2004, c'est à dire 3% des 1 200
milliards de litres d'essence consommés sur la planète. L'éthanol a
fourni 44% de tous les carburants (non diesel) pour véhicules
automobiles consommés au Brésil en 2004 et a été mélangé avec 30% de
toute l'essence vendue aux Etats-Unis (REN21, 11/2005).
Selon les estimations, l'Union européenne, avec une production de
près de 0,5 million de tonnes, contribue pour 10 % à la production
mondiale de bioéthanol (Union Européenne, 02/2006).
Depuis 25 ans, le Brésil est en tête des pays du monde qui font la
promotion des biocarburants. Toute l'essence vendue doit être
mélangée à de l'éthanol et toutes les stations services doivent
aussi bien vendre de l'éthanol pur, que des mélanges à base
d'éthanol. A l'instar du Brésil, l'autorisation de combiner les
biocarburants et les carburants automobiles a été votée dans au
moins 20 états et provinces du monde ainsi que dans deux pays : la
Chine et l'Inde (REN21, 11/2005).
En Europe et en France
Actuellement, les biocarburants (éthanol, méthanol et biodiesel)
ne sont incorporés qu'à hauteur de 1% dans l'essence et le gazole.
Cependant, l'article 19 de la loi de finances 2006 adoptée le 20
décembre 2005 engage la France à introduire d'ici 2008 5,75% de
biocarburants, 7% en 2010 et 10% en 2015, au delà des prescriptions
de la commission européenne qui a opté pour un taux d'incorporation
de 5,75% d'ici à 2010.
Force est de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur
des ambitions. C'est pourquoi, pour répondre à cet objectif sans
recourir à l'importation, le gouvernement a lancé plusieurs appels
d'offre qui prévoient la construction de 21 nouvelles usines dont 6
produisant du bioéthanol et 15 du biodiesel, un investissement de
1,2 milliard d'euros. Selon Observer'ER, le nombre d'emplois créé
devrait atteindre les 30 000.
En France, pour atteindre l'objectif de 5,75%, il faudrait mobiliser
1,76 millions d'hectares de terres arables (18,35 Mha en France)
pour une production de 2,63 Mtep.
Les huiles végétales, de tournesol ou de colza bio, à première
pression à froid sont reconnues depuis décembre 2002 comme des
biocarburants par l'Union Européenne et bénéficient donc d'une
totale exonération de la taxe intérieure sur les produits pétroliers
(TIPP).