Un
Organisme Génétiquement Modifié (OGM) est un organisme
vivant, végétal ou animal qui a subi une modification non naturelle
de ses caractéristiques génétiques initiales. Cette modification
peut intervenir sous trois formes : ajout, suppression ou
remplacement d'au moins un gène. L'objectif est de transférer dans
une cellule de l'organisme receveur, un ou plusieurs gènes prélevées
dans un autre organisme vivant, y compris si celui-ci n'est pas de
la même espèce de l'hôte. Cette opération est appelée transgénèse.
On parle de transgénèse pour l'ensemble des techniques visant à
introduire de façon stable un gène étranger (transgène) dans le
génome (ensemble du patrimoine génétique d'un individu) d'un
organisme hôte.
Quels objectifs aux
OGM ?
Il s'agit de modifier certains caractères, plus précisément de
transférer dans une cellule de l'organisme receveur, un ou plusieurs
gènes prélevées dans un autre organisme vivant, y compris si
celui-ci n'est pas de la même espèce de l'hôte. Cette opération est
appelée transgénèse.
Les techniques de transgénèse sont essentielles pour développer des
connaissances en matière de génétique physiologique et biologique.
Cependant, elles souffrent d'un manque de contrôle sur les
conséquences qui en découlent pour l'hôte (Christian Vélot,
L'Ecologiste n°18, 03/2006).
Les domaines d'application
Ces
techniques donnent lieu à différentes applications
:
- thérapeutique : depuis le début des années 80, création de
vaccins, lutte contre le cancer, reconstruction du système
immunitaire, production de médicaments (d'ores et déjà l'hormone
de croissance et l'insuline sont produites par des bactéries
génétiquement modifiées et commercialisées)...
- agronomique : immunité de l'organisme végétal (transférer aux
plantes de nouveaux éléments de matériel génétique), amélioration
des qualités nutritionnelles, des performances de production ou
bien d'un caractère spécifique de résistance aux pathologies.
On parle alors de plantes agricoles génétiquement modifiées (PGM).
Exemples d'application dans le monde agricole
Des recherches sont actuellement en cours afin de rendre le maïs
plus résistant à la Pyrale (espèce de papillon ravageur), ainsi
l'introduction du gène Bacillus thuringiensis (Bt)
permettra au maïs de fabriquer par lui-même la toxine insecticide, à
laquelle seuls les papillons seraient sensibles.
D'autres expérimentations ont aussi eu lieu sur la pomme de terre,
le coton, le riz et le tabac.
Sur le riz par exemple, il a été obtenu une variété provoquant moins
d'allergies.
Actuellement, 99% des PGM cultivés sont des plantes qui contiennent
ou peuvent accumuler des pesticides dans leurs tissus, soit parce
qu'elles produisent elles-mêmes le pesticide (cas du maïs Bt) ou
peuvent l'absorber sans mourir (cas du soja au Roudup) (Christian
Vélot, L'Ecologiste n°18, 03/2006).
Notons que l'amélioration des animaux d'élevage est une application
qui reste encore à ce jour au stade expérimental.
Enjeux socio-économiques
Les avantages économiques sont nombreux mais comme les plantes
transgèniques ne sont cultivées que depuis 1995 dans un nombre
limité de pays, les données restent encore insuffisantes pour
confirmer ou infirmer les bénéfices éventuels.
Ces techniques conduiraient à une meilleure efficacité de la
production agricole ainsi qu'à l'amélioration des capacités de
production en milieu difficile (zones désertiques notamment).
Elles pourraient également favoriser l'industrie de la pâte à papier
par l'élimination d'une partie de le lignine présent dans le bois.
Enfin, on pourrait envisager une plus grande conservation des fruits
et légumes et un aspect plus attrayant pour le consommateur, bien
que ce soit déjà largement le cas, souvent au détriment du goût.
Enjeux écologiques
Le développement de ce type de plantes permettrait de diminuer
les traitements chimiques (herbicide,
pesticide). Traitements dont l'intensification fût telle qu'ils
sont à l'origine de graves pollutions actuellement.
Les OGM pourraient encore contribuer à la régénération des terres
endommagées, au développement des biocarburants.
Enjeux géopolitiques
Avec plus de six milliards d'habitants sur Terre, certains
observateurs qui s'inquiètent des capacités de production
alimentaire et des techniques actuelles souhaitent s'appuyer sur ces
nouvelles technologies pour y faire face.
Notons qu'il reste encore difficile d'estimer la portée de cette
éventuelle solution.
Les OGM : les risques
Les risques sur la santé
Des impacts sur la santé sont liés à l’ingestion de produits
contenant des OGM, comme par exemple la possible apparition dans
l’organisme humain de bactéries devenues résistantes aux
antibiotiques.
Des études et un suivi sur la santé de l’animal et du consommateur
sont menées afin de créer et de perfectionner des outils d’analyse
précis et fiables dans le but d’améliorer la traçabilité des
produits.
Les insecticides secrétés par les cultures transgéniques
représentent un danger pour la santé. Par exemple, l'insecticide
produit par le maïs Bt est capable in vitro de détériorer les
globules rouges humains (Pour la Science, 2000).
Sur ce point, les tests sur la toxicité éventuelle des PGM restent
largement contrôlés par les firmes productrices de PGM. Et les
résultats, difficiles à obtenir, montrent des "effets cliniques
et biochimiques chez les animaux nourris avec les PGM par rapport
aux animaux nourris avec les plantes conventionnelles
correspondantes" (Christian Vélot, L'Ecologiste n°18, 03/2006).
Nul doute que si les animaux sont affectés par cette alimentation,
l'Homme le sera également.
Les risques sur l’environnement
"Nous vivons une période de folie du progrès incontrôlé, dans
laquelle se développe une série d'outils pour lesquels on ne se
donne pas les moyens d'évaluer leurs conséquences environnementales"
(Pierre-Henri Gouyon, membre du conseil scientifique du CRII-GEN,
directeur de laboratoire CNRS, professeur à l'Agro et à l'Ecole
polytechnique).
Le problème majeur est la transmission du transgène à des
plantations voisines cultivées ou sauvages. Ce problème se pose
également chez les animaux et notamment les poissons d’élevage qui
pourraient contaminer des populations extérieures.
On recense donc les risques potentiels parmi lesquels une diminution
de la biodiversité avec la disparition d'un certain nombre d'espèces
en contact avec les pesticides et qui ne sont pourtant pas visées.
De plus, la mise au point d'OGM résistants, comme en témoigne
l'insertion du gène de la bactérie Bacillus thuringien sis : Bt pour
contrer les chenilles qui ravagent les récoltes de riz, pourrait se
répandre à d'autres espèces végétales.
Il est également avancé que les OGM devraient limiter l'usage des
pesticides. "Notons tout d'abord que les plus grosses compagnies
vendeuses de pesticides sont également très souvent celles qui
produisent des semences transgéniques ou non : Syngenta, Monsanto,
Aventis, Du Pont de Nemours, Agrevo..." (F.VEILLERETTE, 2003). En
effet, elles vendent des semences transgéniques capables de résister
aux herbicides qu'elles commercialisent. Les deux produits
complémentaires assurent à l'agriculteur des cultures transgéniques
qui ne souffriront d'aucune autre plante concurrente.
Cette astuce commerciale assure un double profit à ces industries
agro-alimentaires et a même permis une augmentation des ventes de
72% du Roundup (herbicide) aux Etats-Unis depuis 1997.
Ainsi, en 2003, plus de 71% des OGM cultivés ont été conçus pour
résister à un herbicide et 28% pour produire leur propre
insecticide. L'argument environnemental "OGM contre pesticides"
ressemble donc à une véritable fumisterie.
Les risques socio-économiques
La généralisation de cultures intensives basées sur les OGM
risque d'accroître la suprématie d'importants groupes multinationaux
au détriment de la spécificité des cultures locales et régionales,
mais également de l'agriculture biologique.
En effet, les plantes transgéniques sont brevetées et ne doivent pas
être ressemées d'une culture à l'autre sous peine de forte amende.
L'aide alimentaire américaine en est un exemple : en noyant d'OGM
les pays d'Afrique australe soit disant en difficultés, elle crée le
terreau d'un marché considérable et trouve le moyen d'écouler ses
surplus.
De surcroît, actuellement peu de petits exploitants tirent parti des
prétendus avantages des OGM.
La
législation française
Juridiquement, la réglementation concernant les expérimentations
sur les OGM est régie par le loi cadre du 13 juillet 1992. En outre,
il existe en amont et en aval :
- la Commission de Génie Génétique qui examine obligatoirement
les dossiers et donne son avis sur l’agrément donné aux
laboratoires
- la Commission du Génie Biomoléculaire, créée en 1986, définit
et contrôle les conditions de dissémination d'OGM en extérieur et
évalue celles de mise sur le marché. Chargée de rendre compte des
impacts sur l'environnement, elle ne comprend pour autant aucun
spécialiste en environnement...
- l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA)
qui contrôle la sécurité des aliments issus de plantes
transgéniques
- le Comité de Biovigilance qui contrôle et évalue les risques
environnementaux induits par les OGM autorisés.
- enfin depuis fin 2002, en Europe, tous les produits destinés à
l'alimentation humaine ou animale et contenant des OGM ou dérivés
d'OGM devront obligatoirement être étiquetés à partir d'un seuil
de présence de ces derniers de 0,9%.
Dans la pratique, les OGM sont ordonnés en classes de danger
selon trois paramètres :
- origine et nature de l’OGM cloné,
- le vecteur (élément porteur d'une séquence d'ADN qui dirige la
synthèse d'une protéine cible),
- l’organisme récepteur.
A chacune des quatre classes de danger ainsi créées correspond un
niveau de confinement : de la blouse de travail, au sas de
décontamination systématique.
Pour le consommateur européen
Depuis début 2004, l'Union européenne impose que tous les
produits alimentaires préemballés (additifs et arômes compris)
contenant plus de 0,9% d'OGM soient étiquetés. Ainsi, tout produit
issu de récoltes transgéniques devra porter la mention "ce produit
est fabriqué à partir d'OGM" ou "ce produit contient des ingrédients
produits à partir d'OGM" ou encore "issu d'OGM", qu'il soit inscrit
au menu d'un restaurant, ou très transformé, comme l'huile, le sucre
ou l'amidon. Sont exemptés, la viande, le lait et les œufs d'animaux
nourris avec des éléments transgéniques. Les mentions "sans OGM" et
"sans utilisation d'OGM" ne sont acceptées qu'en l'absence démontrée
d'OGM, ceci à tous les stades de l'élaboration du produit.
Cependant, selon Greenpeace, "plus de 80 % des OGM sont destinés à
l’alimentation des animaux d’élevage. On nourrit avec du maïs et du
soja transgéniques les vaches, les porcs ou les volailles à partir
desquels on prépare des aliments (laitages, charcuterie, plats
cuisinés, etc.). Or la loi n’impose pas d’étiqueter ces produits.
Cette lacune de la réglementation a des conséquences très graves.
Elle permet aux OGM de s’introduire dans nos assiettes à notre insu,
et donc de s’imposer dans l’alimentation en dépit de l’opposition
massive des consommateurs !".
A ce titre, l'organisation écologique propose un
un guide sur les aliments ayant élaborés à partir d'animaux nourris
avec des OGM (format PDF).
OGM et société
Grâce notamment aux progrès de la science, la santé et la
sécurité alimentaire se sont régulièrement améliorées dans notre
société. Néanmoins, force est de constater qu’il existe une
appréhension voire un rejet complet d’une partie de la population
vis à vis des OGM à cause des risques et des dangers liés aux OGM.
En effet, selon une étude commandée par la Commission européenne, 71
% des Européens refusent les OGM. Cependant, il semble que ce
sentiment soit moins lié aux données scientifiques qu’à une vision
de la nature et de la société.
Ainsi, pour la plupart des chercheurs, la peur des OGM est
scientifiquement quasi infondée compte tenu de la réglementation et
des précautions mises en œuvre.
A leurs yeux, il apparaît donc nécessaire de multiplier les
expertises, l’information et la communication sur ce sujet.
Notons également que cette inquiétude est liée au fait que les OGM
représentent le symbole de la « main mise » des grandes sociétés
internationales sur l’alimentation et l'économie, privant les
agriculteurs de leur autonomie.
Conclusion : une peur fondée ?
Notons que le transfert des gènes entre bactéries par exemple
existe depuis plus d’un milliard d’années et qu’il existe des gènes
" sauteurs " qui apportent sans intervention humaine de nouvelles
propriétés aux végétaux. Pour autant, ces transferts naturels se
sont produits sur des échelles de temps radicalement différentes et
de façon aléatoire. Ainsi, les écosystèmes ont pu évoluer en prenant
en compte ces modifications. Or, les PGM ne se cultivent que dans un
écosystème artificiel avec les intrants nécessaires à leurs
développements. Une aberration à un moment où la biodiversité est
largement en crise...
Hormis la recherche médicale ou l'OGM est un outil qui produit des
protéines appréciables, dans l'agroalimentaire, l'OGM est un
organisme que nous consommons sans assurance d'innocuité et en
complète contradiction avec les problématiques environnementales
actuelles.
Cette manipulation folle des briques du monde vivant génère
inévitablement une forte inquiétude. Et l'on comprend aisément les
doutes et les peurs de la population (qui devrait être davantage
impliquée dans ces réflexions) tant la recherche de profit supplante
facilement le principe de précaution et la raison.