|
1
milliard de véhicules dans le monde !
Révolution des transports
du XXème siècle, l'automobile s'est rapidement imposée comme
le principal moyen de déplacement dans les grandes
agglomérations des pays occidentaux. Ainsi, en Ile-de-France,
depuis 1983, la marche n'est plus le moyen de déplacement
prédominant, c'est la voiture ! (Enquête
Globale de Transport - EGT, 2001-2002)
Dans le monde, en 2005, près de 890 millions de
véhicules parcouraient la planète (CCFA,
2005), nous avons probablement atteint le milliard. De 1955 à 2005,
l'augmentation de leur nombre a été environ trois plus rapide que la
croissance de la population !
En 2004, l'Europe comptait environ 216 millions de
voitures particulières avec une progression de 40% depuis 1990. (UE,
09/2006)
En France, le parc automobile en circulation est
estimé à près de 37 millions de véhicules dont 30 millions de
voitures particulières. Toutefois, le rythme de croissance du parc
continue de s'infléchir comme dans d'autres pays européens, plus
proche désormais de 1% (0,7% en 2005, 1,2% en 2004), contre plus de
2% entre les années 1990 et 2000 (CCFA,
01/2007). La route assure 83% du trafic voyageur et 80% du transport
de marchandises (INSEE,
08/2007).
L'image de liberté, de beauté et de puissance de la voiture a permis
de gagner l'imaginaire des Hommes qui aspirent rapidement à acquérir
leur véhicule. Si cette révolution est indéniable et des plus
pratiques, nous nous attacherons à mettre en exergue les aberrations
et le cortège de maux que l'automobile génère depuis des décennies
dans une indifférence notable ou masquée.
Une dépendance envers
les énergies fossiles
Actuellement, les transports
dépendent à 97% du pétrole (IFP,
09/2006) et le trafic routier en est bien évidemment le
premier consommateur. Une demande qui s'accroît de plus en
plus avec la multiplication des véhicules particuliers qui
participe aux pressions internationales sur le prix de la
ressource et son accès : "cette hausse de la consommation
pétrolière mondiale proviendrait pour les deux tiers des
transports, et plus particulièrement du transport routier.
Leur part dans la demande finale de produits pétroliers
devrait progresser de 50 % en 2000 à 60 % en 2030" (IFP,
09/2006).
En France, la voiture consomme plus de 24 millions de tep en
2004, les transports représentent le deuxième poste de
consommation après le résidentiel-tertiaire. (DGEMP-Observatoire
de l'énergie, 01/2006)
Une atteinte à la
biodiversité
La France se caractérise par le
réseau routier le plus dense du monde et le plus long de
l'Union européenne avec 1 079 072 km dont près de 11 000 km
d'autoroutes (Les
chiffres du transport, 01/2008) ! Ce record est
particulièrement néfaste pour la biodiversité qui souffre
d'une fragmentation des espaces naturels. En effet, les
infrastructures de transport forment des discontinuités et des
obstacles aux déplacements d'un certain nombre d'espèces qui
ne peuvent alors survivre : grands mammifères, reptiles,
batraciens, insectes...
De plus, les villes, qui souffrent déjà de paysages très
artificiels, présentent des sols (chaussée, trottoirs,
parkings...) entièrement imperméabilisés donc détruits,
stérilisés avec des pesticides particulièrement néfastes pour
la biodiversité. L'artificialisation des sols est
particulièrement marquée le long des grands axes de transport
(IFEN, 08/2007) et participent à la violence des inondations.
Enfin, les biocarburants vont accroître la pression sur les
espaces agricoles en monopolisant des terres normalement en
jachère qui participaient à un renouvellement du sol et des
espèces.
La première
contribution française au réchauffement climatique
Au niveau planétaire, la seule
circulation routière est responsable en 2004 d'environ 13% des
émissions mondiales de CO2, le principal gaz à effet de serre
directement impliqué dans le changement climatique en cours (GIEC).
En Europe, les transports sont responsables de près
de 20% des émissions équivalent CO2 (Agence
européenne pour l'environnement, 09/2007).
Même si la moyenne européenne des émissions de CO2 sur les voitures a
baissé de 25 g/km en 10 ans, cela ne suffit pas à compenser
l'augmentation régulière du nombre de véhicules en circulation.
En France, en 2005, le secteur des transports
routiers a émis plus de 130 millions de tonnes de CO2, soit 20% de
plus qu'en 1990 : avec plus d'un quart des émissions (26,5 %), c'est
le premier contributeur en CO2 du pays, devant le
résidentiel-tertiaire (23%). La voiture particulière génère à elle
seule 54,5% des émissions dues aux transports routiers et représente
au global 14,4% des rejets de CO2 (CITEPA/CORALIE
format SECTEN, 07,2007). Toutefois, avec une moyenne des émissions
des véhicules vendus en France en 2006 qui est de 149 gCO2/km, soit
une baisse de 3 grammes de CO2 par kilomètre par rapport à 2005, la
France se place parmi les meilleurs d'Europe (ADEME, 05/2007). Notons
qu'en 2007, la moyenne des émissions du parc automobile français reste
de 176 g de CO²/km.
Les GES participent au réchauffement du climat planétaire, ce qui met
gravement en danger la stabilité de nos sociétés.
La pollution
atmosphérique locale
Première source de pollution atmosphérique dans
les grandes agglomérations, l'automobile accentue et développe même
des maladies comme l'asthme et les bronchites chroniques notamment
chez les plus fragiles. C'est aussi dans nos mouchoirs tachetés de
suies que nous prenons conscience de la vulnérabilité de notre
système respiratoire directement exposé aux particules les plus
fines qui pénètrent dans les poumons.
Par exemple, en Ile-de-France, le transport routier est le secteur
prépondérant dans les émissions de monoxyde de carbone (CO),
d’oxydes d’azote (NOx) et de particules fines (PM10) (Airparif,
09/2007).
Bien sûr, des progrès sont réalisés : filtre à particules (encore
que seulement 23% des véhicules diesel neufs en sont équipés en 2006
et que leur efficacité est limitée), essence sans plomb,
biocarburants (est-ce vraiment un progrès ?), common rail... Et les
défenseurs de l'automobile se hâtent de le rappeler au point que
l'automobile apparaît pour certains moins polluante que les
transports en commun ! La réalité est hélas toute différente
d'autant près de 32% des déplacements automobiles font moins de 2 km
! (Enquête
Globale de Transport - EGT, 2001-2002) Et c'est justement durant
cette période semée de ralentissements, de freinages et
d'accélérations que la pollution automobile est maximale.
Prenons l'exemple de ce citadin qui sort son automobile pour se
rendre chez le boulanger, qui se trouve - tout de même - à 300 m de
son domicile. C'est ce même citadin que l'on reverra pleurnichant
devant les médias sur le prix de l'or noir qui est délivré à la
pompe, argumentant avec force et menaces que son niveau de vie en
pâtit et qu'il serait temps... (je vous épargne la suite de ses
affreuses souffrances).
C'est fort peu relaté mais la Banque mondiale estime qu'environ 1,56
millions d'asiatiques sont victimes chaque année de la pollution
atmosphérique. En Europe, des études menées récemment estiment que
quelque 400 000 personnes meurent prématurément chaque année à cause
de la pollution atmosphérique. Les maladies provoquées par la
concentration actuelle de particules en suspension dans l’air
entraînent plus de 100 000 hospitalisations supplémentaires et
graves chaque année. Des chiffres effarants qui rendent stériles
toutes comparaisons avec les peurs actuelles qui monopolisent les
moyens des gouvernements et les médias.
En France, l'AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire de
l'Environnement et du Travail) estime qu'entre 6 450 et 9 500
personnes sont morts prématurément à cause de la pollution
particulaire (PM 2,5) en 2002, soit davantage de morts que les
accidentés de la route (AFSSET,
05/2004). Or les transports routiers et très fortement les diesels
sont les principaux responsables de cette pollution.
Une atteinte aux
paysages
On en parle beaucoup moins mais
la voiture est aussi à l'origine d'une pollution visuelle
affligeante : partout dans nos villes, nos lieux touristiques
elle s'insère et s'impose via le réseau routier bien sûr mais
aussi les parkings, les stations essence, les péages... Elle
défigure ou plutôt définit nos paysages urbains qui ne sont
déjà pas des plus attrayants et respectent ainsi la devise de
Pompidou : "Il faut adapter la ville à la voiture".
L'automobile est un véritable fléau dans les agglomérations
qui ont été, de façon très égoïste et irréfléchie, entièrement
dédiés à cette révolution. Il fallait alors adapter les villes
à la voiture, de sorte qu'il n'existe dorénavant pratiquement
aucune place pour les modes de transports dits alternatifs et
même les piétons.
L'automobile une
galère et un gouffre financier bien visible
Le million d'heures perdu chaque année par les
automobilistes et les routiers dans les embouteillages coûterait
environ 6 milliards d'euros à la France selon le Ministère de
l'écologie et du développement durable.
En 2001, le cumul des bouchons en France a représenté l'équivalent de
1 million de kilomètres pendant une heure (hkm). le coût économique
pour la seule Ile-de-France a été estimé à 566 millions d'Euros. Sans
compter que les émissions sont réduites de moitié lorsque l'on passe
d'une circulation dense à une circulation fluide.
D'ailleurs, contrairement aux idées reçues et notamment avancées par
les constructeurs automobiles, l'automobile n'est plus le moteur de
l'économie. En effet, selon "Le Compte global transport, qui mesure
l'impact de chaque mode de déplacement (...), le transport collectif
coûte quatre fois moins cher à la collectivité, et crée deux fois plus
d'emplois. De quoi anticiper les reconversions sociales qu'impliquera
l'indispensable mutation." (Denis BAUPIN in Libération, 10/2005)
Notons qu'en 13 ans la consommation moyenne des véhicules a diminué de
presque 12% passant de 8,25 l/100 km en 1990 à 7,27 l/100 km en 2003,
grâce au renouvellement du parc automobile. Une tendance qui est vraie
pour les véhicules à essence et non les diesel.
Enfin, il n'est pas inutile de rappeler que l'usage d'une voiture
coûte en moyenne 5 000 euros par an au foyer, une participation qui
n'est pas anodine...
La place de l'automobile

voiture monopolisant le trottoir et le passage
piéton
crédit : notre-planete.info
La place occupée au sol par l'automobile est
impressionnante : pratiquement toutes les rues dans les grandes villes
présentent une voire deux lignes continues de voitures garées : quelle
place reste-t-il aux autres moyens de déplacement ? Aucune ! Les
poussettes sont contraintes d'emprunter la chaussée faute de passage
sur les trottoirs, l'incivisme des conducteurs met alors en péril la
vie des piétons.
De plus, même en fonctionnement, les 3/4 des voitures ne sont occupées
que par le seul conducteur ! On imagine donc bien le taux d'occupation
au sol que peut prendre une seule personne à l'heure où les villes
sont engorgées par une population toujours plus nombreuse notamment
dans les pays en voie de développement.
En moyenne, en France, 80% des foyers sont équipés d'une voiture,
seulement 53% à Paris où les transports en communs sont très
développés et la population y est à la fois plus jeune et plus âgée.
Et de grandes agglomérations comme celle de la Région Ile-de-France
peine à encourager l'usage de modes de transports alternatifs : pistes
cyclables sécurisées insuffisantes, réseaux de banlieue à banlieue
embryonnaires, voyages multi-modaux difficiles d'accès, prix et
qualité de service dissuasifs, messages peu encourageants dans les bus
: "pas de vélos, ni objets encombrants"... Vive la voiture !
C'est pourquoi le piéton, le cycliste ou le skateur par exemple ne
font qu'attiser l'agressivité inhérente de l'automobiliste, forcément
pressé et important puisqu'à lui seul il monopolise la place d'au
moins quatre vélos, pour une vitesse cependant guère plus rapide : 17
km/h en moyenne contre 14 km/h par exemple en Ile-de-France (EGT,
2001-2002). Dans ces conditions, il ne nous reste qu'à être vigilant
et appréhender les dangers qui nous guettent à chaque croisement ou
dépassement de voiture.
Et c'est sans difficulté que nous établirons la transition avec les
accidents de la route.
La voiture est une
arme utilisée par des tueurs en puissance
Dans le monde, la route fait
plus de 1,2 millions de victimes et entre 20 et 50 millions de blessés
par an (ONU, 03/2004). Selon la campagne internationale "Make
Roads Safe", toutes les 3 minutes un enfant est tué sur la route,
c'est la première cause de mortalité chez les jeunes en Europe et aux
Etats-Unis. Le coût économique des victimes de la route dans les pays
en voie de développement est évalué à plus de 100 milliards de dollars
par an !
Au niveau européen, on comptabilisait en 2004 plus de
1 800 000 blessés et 43 000 morts (Community
Road Accident Database, 07/2006).
En France, en 2006, le nombre de personnes tuées
(décès à 30 jours) s’est élevé à 4 703 avec plus de 102 000 blessés (Sécurité
routière, 01/2007). Soulignons que depuis 2002, la baisse du
nombre de personnes décédées est de 43 % et en cinq ans, notamment
grâce à la mise en place de mesures plus dures contre la vitesse
(radars automatiques).
L'automobile est une véritable arme manipulée par des inconscients
ivres de vitesse et de fun, irresponsables et qui, demain, se
défendront d'avoir tué car couverts par leur assurance. Cette critique
n'est pas aussi caricaturale qu'elle en paraît et le trio homme,
alcool et vitesse demeure dévastateur. En effet, on constate sans
surprise que près d'un tiers des accidents ont pour origine l'alcool
au volant.
Tout ceci est d'autant plus inquiétant qu'un accident mortel est aussi
pénalisant au regard de la justice qu'un simple vol de voiture...
L'incivisme et l'irresponsabilité des conducteurs, peu conscients des
dangers, est ainsi à l'origine de nombreux morts.
Tous les piétons et usagers de modes de transports alternatifs peuvent
témoigner de l'agressivité de certains conducteurs attisée par la
présence d'un moyen de transport gênant, moins rapide et donc
considéré comme "inférieur" car moins puissant, moins cher.... Un tel
automobiliste pourra risquer sa vie et celle de son "adversaire" pour
rétablir son ordre naturel : les véhicules puissants sont maîtres sur
la route ! La
nouvelle maîtresse de l'homme Non
contente de nous faucher nos proches et de monopoliser l'espace
urbain, la voiture réussi à hanter les rêves et à monopoliser les
hommes.
Dès le plus jeune âge, le mâle est initié par ses jouets, les médias
et les jeux vidéos à adorer la voiture comme une déesse et un
instrument de puissance et de liberté (pouf..). Mes propos sont
amplement justifiés par le but que se fixent de nombreux jeunes dans
l'attente de la majorité : passer le permis et acquérir leur engin.
De surcroît, nombre de publicités dévalorisent même la femme déjà
souffrante de l'image simpliste qu'on lui prête, en la comparant à
l'automobile comme concurrente dans la quête de l'homme...
Enfin, les jeux promettent bien souvent le gain d'une ou plusieurs
voitures dans des catégories peu responsables : 4x4, Sport Utility
Véhicule, monospace...
La nature a une amie :
la voiture Dans le même temps, on nous
rassure chaque jour grâce aux nombreuses annonces publicitaires où
l'automobile évolue dans de magnifiques paysages vierges tout en
préservant un environnement idyllique. Mais ne nous y trompons pas :
la plupart du temps le véhicule stagne dans les embouteillages et son
conducteur ne profite guère de cette pseudo-liberté, ni
l'environnement d'ailleurs.
Et parce que la nature n'est rien sans ses attendrissants occupants,
ce sont les animaux (représentés numériquement bien sûr) qui
accompagnent avec bonheur et sérénité les automobiles dans les
campagnes publicitaires. Ainsi, oiseaux, animaux sauvages, marins même
(!) participent aux somptueux ballets qui font rêver les naïfs.
Nul doute que les constructeurs se moquent ouvertement des graves
problèmes engendrés par les automobiles et l'infrastructure routière
(dégradation d'écosystèmes, accidents sur des animaux sauvages,
imperméabilisation des sols, sans parler de l'impressionnante
pollution marine conséquence des approvisionnements pétroliers, crises
géopolitiques...). Et c'est en nous faisant croire le contraire
(méthode classique en marketing) que les constructeurs automobiles
veulent berner les citadins.
Pour autant, il paraît que les constructeurs automobiles orientent
leurs efforts technologiques en fonction des exigences prioritaires du
consommateur qui seraient : le design, l'innovation et la
robustesse... Le respect de l'environnement souffrant d'un désintérêt
notable. C'est en tous cas ce qui ressort de sondages menés sur les
salons dédiés à l'automobile où les visiteurs ont déjà une attirance
claire pour la toute puissante voiture.
Enfin, même lors d'événements tragiques comme la multiplication des
inondations sur le territoire français, les médias tendent à
s'apitoyer davantage sur le sort des automobiles que sur celui des
personnes. En effet, les reportages télévisés se concentrent sur
l'automobiliste indemne mais désemparé face au spectacle affligeant de
sa voiture sous les eaux... Alors que les personnes (sans parler des
animaux) passent parfois au second plan.
Conclusion, l'automobile
ou la fin du mythe ? Au final, il est
encore difficile de croire et de comprendre que l'automobile ait gagné
une place si importante dans le coeur des citadins des pays développés
vu ces quelques constats.
Nul doute que des progrès seront faits pour pallier la pollution
atmosphérique insupportable qui est générée, mais il ne s'agit pas
seulement de cela mais surtout de faire évoluer les mentalités en
responsabilisant les automobilistes toujours plus égoïstes, agressifs,
capricieux et parfois pressés... de tuer. |